La Marseillaise ou le chant du coq…

Le chant du coq

Ecrit à Strasbourg pour l’armée du Rhin, par un jurassien, Claude Joseph Rouget de Lisle (1760-1836), capitaine du génie, dans la nuit du 25 au 26 avril 1792 suite à la déclaration de guerre à l’Autriche, le chant patriotique que les fédérés de Marseille reprirent lors de l’insurrection des Tuileries le 10 août de la même année fut déclaré, chant national français puis hymne national, en 1879. Une commission de ministère de la guerre en fixera finalement la version officielle, en 1887. Sur ce long chemin jusqu’à l’époque contemporaine, la Marseillaise bien que maintes fois contestée, a su, grâce à la République s’imposer durablement pour devenir aujourd’hui symbole d’unité, de rassemblement de notre patrie et point de ralliement des défenseurs de la liberté conquise, en France et dans le monde.

Symboliquement et à l’origine, la contestation de la Marseillaise, chant jacobin et révolutionnaire, se matérialisera dès le 19 janvier 1795 avec le Réveil du peuple composé par Pierre Gaveaux et qui sera finalement interdit par le Directoire le 18 nivôse an IV(8 janvier 1796).

A cet égard, les ennemis de l’unité et de la fraternité, ceux qui voudront dresser les français les uns contre les autres sauront qu’il s’agit d’un symbole fort et d’un vecteur politique important qu’il sera possible de siffler et d’outrager avec pour conséquences directes la progression des idées du Front National; le 21 avril 2002 et le 25 mai 2014 en étant les manifestations les plus éclatantes.

1)La Marseillaise, un chant guerrier:

La Marseillaise est le produit d’un moment de l’histoire, celui de la révolution française. En 1792, la France affronte la coalition des adversaires du dehors et du dedans en faisant appel aux forces vives de la nation. Un chant patriotique et révolutionnaire est créé pour accompagner son combat pour la liberté. Une majorité de députés de l’Assemblée législative décide alors de libérer les peuples d’Europe de leurs rois absolus. Le 20 avril 1792, ils déclarent la guerre à l’empereur d’Autriche. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1792 à Strasbourg, le capitaine du génie Joseph Rouget de Lisle compose Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin.

Ce chant est rendu populaire par les soldats volontaires marseillais qui le chantent en « montant » à Paris pour défendre la ville menacée par l’ennemi.

L’hymne des Marseillais est officialisé comme chant de la République combattante, entre 1792 et 1793 (an II de la République). Elle est chantée à Valmy, où les soldats-citoyens sont victorieux des monarques absolus d’Europe en septembre 1792. Cette victoire entraîne la proclamation de la République et la diffusion de ce chant dans l’Europe républicaine.

Le septième couplet, dit « couplet des enfants » qui n’existait pas dans la partition originale, a été ajouté en octobre 1792 par Gossec lors de la représentation à l’Opéra de « l’Offrande de la liberté », scène religieuse sur la chanson des Marseillais.
En effet, Rouget de Lisle n’ayant écrit que six couplets, le site officiel de l’Élysée indique que l’auteur du 7e couplet reste inconnu. En effet, il existe un doute sur l’origine de ce couplet: le poète normand Louis Du Bois et l’abbé Antoine Pessonneaux en ont revendiqué la paternité, qui a également été attribuée à André Chénier ou à son frère Marie-Joseph.
Rouget de Lisle n’ayant écrit que six couplets, le site officiel de l’Elysée indique que l’auteur du 7ème couplet reste inconnu(extrait):
« Nous entrerons dans la carrière, quand nos aînés n’y seront plus, nous y trouverons leur poussière et la trace de leurs vertus (…) »

2)La Marseillaise, un hymne national:

La Marseillaise est décrétée chant national le 14 juillet 1795(26 messidor an III) par la Convention, à l’initiative du Comité de Salut Public.
La IIIe République en fait l’hymne national le 14 février 1879 et, en 1887, une « version officielle » est adoptée en prévision de la célébration du centenaire de la révolution. Son essor est spectaculaire. Elle devient l’accompagnement obligé des défilés et de la célébration du 14 juillet. En 1882, le Président du Conseil Charles de Freycinet inaugure la statue de Rouget de Lisle : « La Marseillaise est l’hymne de la Patrie, elle est une force, un honneur et un enseignement ». Il insiste sur son contenu à la fois pacifique et patriotique : « C’est un drapeau de progrès, de civilisation, de liberté « . Ces proclamations sont réitérées par Poincaré en 1889, lors du Centenaire de la Révolution, et en 1900, lors de l’Exposition universelle. La Marseillaise devient un monument sacré et intouchable.

Le 14 juillet 1915, les cendres de Rouget de Lisle sont transférées aux Invalides.

3) La Marseillaise, un hymne contesté:

La Marseillaise, déclarée hymne national par la Convention montagnarde le 24 novembre 1793 est concurrencée au début par un autre chant patriotique écrit en 1795 en réaction contre la Terreur : il s’agit du Réveil du peuple.
Le Réveil du peuple, chant des royalistes et des anti-jacobins dont les paroles sont de Souriguières de Saint-Marc et la musique de Pierre Gaveaux est chanté pour la première fois le 19 janvier 1795(30 nivôse an III). Il sera finalement interdit par le Directoire le 18 nivôse an IV. Le régime de Terreur institué par la Convention montagnarde est renversé en 1794. Un moment tombée en disgrâce, La Marseillaise est toutefois réhabilitée. Le Réveil du peuple n’est ni plus ni moins un appel à la vengeance des royalistes et au massacre des « buveurs de sang » du temps de la terreur. La bataille ouverte entre La Marseillaise et Le Réveil du peuple trouve dans les théâtres un accueil privilégié : aux chanteurs patriotes comme Talma, s’opposent leurs adversaires, les muscadins. Sous le Directoire, le conflit se poursuit entre théâtres patriotiques et royalistes.

Napoléon Bonaparte et l’Empire(1800-1815)écartent La Marseillaise qu’il n’aimait pas, au profit de Veillons au salut de l’Empire.
Abandonnée en 1804 sous l’Empire, La Marseillaise est remplacée par Le Chant du départ.
Bonaparte est admonesté par Rouget de Lisle qui est alors considéré comme opposant au régime. Néanmoins dans la dernière campagne de Waterloo, quand le salut de la patrie est en jeu, la vieille garde chante La Marseillaise.

Sous Louis XVIII, Charles X et la Restauration (1815-1830),
La Marseillaise est proscrite, considérée comme un chant séditieux. Rouget de Lisle vit dans la misère.

A l’époque de la Révolution de 1830 et la Monarchie de Juillet (1830-1848), La Marseillaise est à nouveau reconnue. Le peintre Eugène Delacroix évoque son symbole dans son oeuvre « La liberté guidant le peuple »commémorant « la révolution des trois glorieuses »(27-28-29 juillet 1830). Mais très vite, le roi Louis-Philippe proscrit l’hymne révolutionnaire qui devient le chant de ralliement des républicains victimes des répressions de 1831 et 1834.

Pendant l’occupation, en zone occupée, le commandement militaire allemand interdit de la jouer et de la chanter à partir du 17 juillet 1941.

Sous l’empire de la loi du 10 juillet 1940, une demande d’autorisation est désormais exigée pour chanter l’hymne (sauf, toutefois, si un représentant du gouvernement est présent). Cette mesure vise à donner au régime le monopole de l’hymne et à empêcher la résistance de se l’approprier.

4)La Marseillaise, un hymne à portée internationale:

La Marseillaise n’est pas seulement l’hymne français. Comme chant révolutionnaire de la première heure, elle est reprise et adoptée par nombre de révolutionnaires sur tous les continents; elle est devenue au fil du temps un symbole d’unité et un hymne à la liberté contre toute forme de despotisme.
Il existe une version vénitienne de La Marseillaise datant de juin 1797 publiée à Padoue à la même date en langue italienne pour fêter la chute de la république Serenissima des doges de Venise en mai 1797.

Une adaptation russe La marseillaise des travailleurs publiée en 1875, est réalisée par le révolutionnaire Piotr Lavrovitch Lavrov. Au début du siècle, ceux qui la chantent en public sont arrêtés ce qui explique son adoption par les bolcheviks comme hymne en 1917 avant de reprendre un autre chant révolutionnaire français: L’internationale.
En avril 1917, lorsque Lénine retourne en Russie, il est accueilli à Pétrograd au son de La Marseillaise.

En 1931 à l’avènement de la seconde république espagnole, certains Espagnols ne connaissant pas leur nouvel hymne accueillent le nouveau régime en chantant La Marseillaise, dans une version espagnole ou catalane.

Durant la seconde guerre mondiale, la loge maçonnique « Liberté chérie », créée dans les camps de concentration nazis, tire son nom de cet hymne des combattants de la liberté.

5)La Marseillaise et les controverses sportives:

Une controverse, épisodique mais récurrente, concerne l’interprétation de l’hymne par les joueurs de l’équipe de France de football avant le début des rencontres. En 1996, durant l’Euro anglais de football, Jean-Marie Le Pen déplore qu’une partie des membres de la sélection, venus selon lui « de l’étranger « , ne reprennent pas en chœur l’hymne national. Dans le courant des années 2000, la polémique autour de la nécessité ou non, pour des athlètes français, d’entonner La Marseillaise, refait surface au point de devenir un sujet de débat régulier. Une partie de la classe politique française réclame que les Bleus entonnent systématiquement La Marseillaise. En 2012, Noël Le Graët président de la Fédération Française de Football déplore que des joueurs de l’équipe de France ne chantent pas La Marseillaise, ce qui lui apparaît comme un « problème de savoir-vivre, de culture, de respect » et dit souhaiter que l’hymne, « sinon chanté », « soit au moins ressenti ».

A plusieurs reprise, l’hymne français a été copieusement sifflé notamment au Stade de France à Saint-Denis lors des confrontations contre les pays du maghreb:

-France-Algérie, le 6 octobre 2001;
-France-Maroc, le 16 novembre 2007;
-France-Tunisie, le 14 octobre 2008.

« C’est un moyen nul de rappeler qu’ils se sentent mal », voulait croire Kamel Hamza, un élu local UMP à propos des supporters adverses. On peut y voir la réalité d’un communautarisme maghrébin émergeant. « C’est devenu un régionalisme », estiment les policiers. Comme on se dit breton, basque, corse… Certains s’affirment désormais algériens, tunisiens, marocains. Et parfois, hostiles à la France.
A propos de France-Algérie du 6 octobre 2001 à Saint-Denis, les différents médias avaient voulu mettre en avant la réconciliation des deux pays sous l’éminent patronage de Zinédine Zidane, héros commun unanimement célébré des deux côtés de la Méditerranée.

La Marseillaise sifflée sonnait alors comme un échec et comme le naufrage de la France « Black-Blancs-Beurs ».

A ce sujet, Michel Platini, ancien capitaine international français et président de l’U.E.F.A avait estimé que ces sifflets représentaient des « manifestations contre un adversaire d’un soir, en l’occurrence l’équipe de France »et « n’étaient pas une insulte à la France ». Il rappelait les manifestations de joie au lendemain de la victoire des héros « Black-Blancs-Beurs » de la coupe du monde de 1998, les drapeaux français tenus à bout de bras et La Marseillaise chantée par les supporter français.
Il a mis en garde contre les récupérations politiques de ces manifestations anti-sportives.

Quoiqu’il en soit, on ne peut, en effet, écarter que de pareilles manifestations d’ethnisme antifrançais accroissaient en France le sentiment antiimmigré et antimusulman et renforçaient, quasiment par vases communicants, l’électorat d’extrême droite. Nul doute qu’elles aient aidé à placer le leader du Front national en deuxième position au premier tour de l’élection présidentielle de 2002 et contribué à éliminer le représentant de la gauche plurielle du second tour en tentant de hisser les français les uns contre les autres.

La Marseillaise a également fait l’objet de manifestations hostiles lors de matches hors du territoire:

En effet, les propos incendiaires de Raymond Domenech (un « arbitre acheté » dans un Italie-France Espoirs) avait déclenché l’ire des 80.000 fans de San Ciro à Milan, qui avait conspué La Marseillaise le 8 septembre 2007.

Plutôt, La Marseillaise avait également été copieusement sifflée par les supporteurs israéliens avant le début du match entre la France et Israël, qualificatif pour le Mondial 2006, dans le stade Ramat-Gan de Tel-Aviv le 30 mars 2005. Fabien Barthez, le gardien des Bleus avait déclaré quelques jours auparavant qu’il avait peur de prendre un avion pour Israël et de loger dans un hôtel de la ville.

A propos du contexte franco-français, et c’est peut-être là une manifestation hostile à l’unité, d’une France unie dans la diversité et au jacobinisme incarné par l’hymne français, on notera l’épisode de la finale de la coupe de France de football Lorient-Bastia toujours à Saint-Denis le 11 mai 2002.

A cette occasion, les supporter bastiais ont copieusement sifflé La Marseillaise devant un Président Jacques Chirac médusé et outré, qui avait refusé de descendre sur la pelouse, face à une poignée d’irresponsables dépassant les bornes et portant « atteinte aux valeurs essentielles de la République et à ceux qui les expriment ».

Pour être complet, on rappellera que le 24 janvier 2003, l’ensemble des députés, sous la directe impulsion du Président Jacques Chirac ont adopté, dans le cadre de la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi), un amendement créant le délit d’outrage au drapeau français et à l’hymne national, La Marseillaise(Loi n°2003239 du 18 mars 2003 art.113 publiée au JORF du 19 mars 2003).

Damien LEVIONNOIS-MÉNAGER. Webmestre.

Remerciements à:

Mémorial de la Marseillaise.

Académie de Créteil « Un hymne, des hymnes ».

Wikipédia « La Marseillaise ».

Le Figaro.fr »Siffler la Marseillaise? C’est obligatoire »

Damien LEVIONNOIS-MÉNAGER Webmestre du blog de section P.S Pays de Fontainebleau.

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